Interview avec Fabian Cancellara

21. février 2017

Cancellara fait partie des coureurs cyclistes du début du XXIe siècle les plus brillants au monde. Il était spécialiste des épreuves de contre-la-montre individuel et des courses d’un jour les plus rudes, en particulier des prestigieuses classiques de printemps. Parmi les «Monuments du cyclisme» auxquels il a participé, il est sorti trois fois vainqueur du Paris-Roubaix ainsi que du tour des Flandres et une fois de la course de Milan Sanremo.  

Tu as mis un terme à ta carrière il y a quelques mois. Quels défis professionnels et sportifs cherches-tu maintenant à relever?  

Je ne vais pas me reposer sur mes lauriers, au contraire, je serai actif dans trois domaines: Premièrement, je vais suivre des formations, deuxièmement, je serai ambassadeur pour des marques et troisièmement, je vais mettre à profit mes connaissances dans des projets sportifs.

Le sport n’a pas fini de jouer un grand rôle dans ma vie. Mon corps le réclame. La différence, c’est qu’avant c’était une obligation, alors que maintenant c’est un choix. Je vais continuer à faire du vélo, mais aussi du ski de fond et de piste ainsi que du jogging. Je participerai à des compétitions pour le fun, pour un peu d’aventure ou pour élargir mes horizons. Je vais commencer avec 2 triathlons.

Pendant les jeux olympiques de Rio, tu as rencontré un gros, voire le plus gros succès de ta carrière. Quelles ont été les clés de ton succès?  

Il faut être au top dans de nombreux domaines pour trouver le succès. Je pense que j’ai réussi à m’élever à niveau très élevé dans tous ces domaines pendant ma carrière, et c’est pour cela que j’ai réussi. Par exemple, faire preuve de force mentale, savoir résister à la pression, avoir de la volonté, respecter un entraînement spécifique, savoir gérer son temps et, aspect extrêmement important, avoir de l’expérience. C’est vraiment essentiel et c’est l’expérience qui m’a aidé, surtout vers la fin de ma carrière, à prendre les bonnes décisions.

Écouter ma voix intérieure et quitter le tour de France au bon moment a été déterminant pour ma réussite lors des jeux olympiques de Rio. Même dans les moments les plus durs, je n’ai jamais abandonné et je suis resté concentré. Sur mon terrain d'entraînement, j’ai simulé spécifiquement le parcours du contre-la-montre à l'aide d'un circuit très similaire.

 

 

Année après année, tu t’es imposé en tête ou as même dominé les grandes courses que tu visais pour la saison. Quels sont, selon toi, les points essentiels qui t’ont permis une telle réussite?  

Je me suis toujours fixé des objectifs très élevés et j’attendais beaucoup de moi-même. J’étais prêt à m’entraîner très dur dans ce but. Au cours des années, l’expérience m’a permis d’accumuler les réussites et d’être un coureur qui est resté fidèle à lui-même.

Comment a évolué le sport cycliste ces dernières années? À quoi ressemble un profil de coureur aujourd'hui?  

Tout est devenu plus professionnel et plus technique. Celui qui ne pense qu’à accumuler les kilomètres et à se reposer n'a plus sa place parmi les meilleurs. Aujourd’hui, on cherche plutôt à s’améliorer le plus possible dans tous les domaines. Je pense par exemple aux entraînements dont le volume a diminué au profit de l’intensité et qui peuvent être analysés jusque dans les moindres détails, ou encore à l'importance grandissante de l’alimentation ou de la stabilité du tronc. On raccourcit par exemple la séance d’entrainement de 30 minutes, pendant lesquelles on se consacre à la stabilité du tronc. Ce qui a aussi énormément changé depuis le début de ma carrière, c’est le calendrier des courses, qui est beaucoup plus chargé. C’est surtout au début de l’année qu’il y a vraiment plus de courses.