Interview avec Diego Pazos

13. juin 2017

Dans la Suisse alémanique plutôt inconnu, Diego Pazos est une des principales figures dans la scène des coureurs d’ultra trail. Le lausannois se classe dans les premiers rangs lors de courses traditionnelles comme l’Eiger Ultra Trail, Ultra Trail du Mont Blanc ou Transgrancanaria.

Ta carrière n'est pas du tout classique. Tu as joué au football pendant beaucoup d'années avant de prendre en main la carrière en tant que coureur. Quelle est la fascination pour la course en générale et des Ultra trails en particulier?

Le football a bercé toute mon enfance, mon adolescence et une partie de ma jeune vie d'adulte, j'en garde un super souvenir et une bonne initiation à l'esprit d'équipe même si le football n'est pas toujours un modèle de respect et de comportement. A un moment donné, j'avais besoin de nouveaux défis, de sortir de ma zone de confort, pour voir de quoi j'étais capable.

J'ai commencé par des courses sur route dans la région lausannoise puis des courses en montagne avec pour objectif en 2011 de faire Sierre Zinal tout en continuant le football en parallèle! Puis fin 2011, les images de l'UTMB, de voir ces « fous », ces « passionnés » courir autant de temps dans un paysage si magique m'a fasciné et j'ai dit à ma femme que c'était ce genre de défi que je voulais relever.

Par la suite, l'Ultra est devenu une passion, c'est un sport unique et probablement le seul où tant de paramètres sont en jeu. Il faut savoir gérer énormément d'inconnues et du premier au dernier personne n'est à l'abri d'une surprise. Mais c'est surtout un sport qui est l'expression même du dépassement de soi et qui procure tellement d'émotions et de partage avec les autres concurrents, les accompagnants et les suiveurs, c'est vraiment magique!

De nombreux coureurs se tournent en ce moment vers l'ultra-marathon. Quels seraient tes trois meilleurs conseils pour réussir sur ces longues distances?

  • Ne pas vouloir réussir mais vouloir vivre l’expérience, découvrir cette aventure de plusieurs heures avec la gestion d’un nombre important de paramètres mais également une interaction très forte avec les autres coureurs
  • Le faire progressivement et maintenir un entraînement régulier pour éviter les blessures mais surtout ne pas hésiter à se lancer ce genre de défis.
  • Rester humble, dans une société ciblée sur l’image et les guerres d’égo, il faut vraiment savoir prendre du recul et analyser ces courses autant les réussites que les échecs.

 

 

 

Lors d’un ultra-marathon, le ravitaillement joue un rôle important, voire déterminant. A quoi ressemble ton plan de ravitaillement pour une course comme la Eiger Ultra Trail?

Les ravitaillements sont effectivement très importants mais il est surtout très important de bien s’alimenter et de s’hydrater de manière régulière tout au long de l’épreuve. Cela peut paraître trivial mais il est très facile d’oublier de s’alimenter pendant certains moments et généralement ce genre d’erreur se paie d’une façon ou d’une autre. En ce qui concerne les ravitaillements, généralement je change mes gourdes et je prends des provisions que j’ai préparées dans un sachet pour faire le segment de course suivant. Lors de mon arrêt au ravitaillement, je prévois toujours avec ma femme qui est la spécialiste du genre, du matériel de rechange (chaussures, t-shirt, chaussettes, etc.) et généralement de la nourriture salée plus consistante que je ne peux emporter avec moi.

Cette année, tu organises toi-même une course. Peux-tu nous dévoiler un peu de ton projet et quels sont aujourd’hui les défis qui attendent les organisateurs d’un tel évènement?

Effectivement, cette année, je me suis lancé dans l’organisation du Montreux Trail Festival (MXT) qui connaîtra sa première édition du 27 au 30 juillet 2017. Je tenais à faire découvrir mes magnifiques terrains d’entraînement sur Montreux et les alpes vaudoises mais nous aimerions également avec mon équipe proposer un concept différent où tout le monde passe un super moment, du coureur au spectacteur lambda en passant par les accompagnants qui sont souvent négligés. Lors de ce genre d’événement, le coureur ne se déplace pas seul, il vient en famille ou avec des amis et nous voulons qu’ils passent également du bon temps. Cette volonté vient notamment de mon expérience personnelle sur certaines courses où ma femme m’attend de longues minutes en se rongeant les ongles sans avoir des animations pour se divertir.

Dans cette optique, le MXT se veut être un subtil mélange de musique et de trail (course à pied en nature et sur sentiers) avec des animations musicales à certains endroits du parcours et des concerts gratuits sur la place du marché de Montreux et à Villars-sur-Ollon. L’occasion également de venir faire la fête entre amis lors de la Freddie’s Night15 par exemple, un parcours initiatique de 15km au coucher de soleil et de nuit sans barrières horaires, ouvert à tous et avec de nombreuses animations tout au long du parcours... l’esprit de Freddie Mercury sera présent pour porter tous les coureurs !

Il y aura en tout 7 formats de courses : www.montreux-trail.ch

Un Village MXT sera déployé du jeudi 27 juillet au dimanche 30 juillet 2017 sous le marché couvert et sur la Place du Marché de Montreux. Toutes les arrivées seront centralisées dans le Village mais il s’agira également d’un village de festival avec une scène, des exposants et des stands de nourriture particulièrement choisis pour l’occasion.

Cet événement est un sacré challenge et j’espère qu’il sera perçu comme tel. Il s’agit d’organiser une course avec plusieurs formats et surtout un parcours de la MXTrem160 très demandeur en ressources mais également d’établir une programmation musicale avec des animations à des endroits stratégiques du parcours. Un travail colossal mais que nous abordons avec énormément d’enthousiasme et passion !

Si tu prépares une course comme l’Eiger Ultra Trail, il y a certainement un entraînement clé qui te permet de te tirer des conclusions par rapport à ta condition physique. Est-ce que tu peux nous révéler le secret de ta réussite?

Généralement, ce sont les courses de préparation qui permettent de fournir ce genre d’indications car souvent les derniers gros entraînements deux semaines avant l’objectif sont synonymes de fatigue, notamment juste avant de se reposer et de faire du « tapering », c’est un peu le but de la surcompensation pour arriver en grande forme le jour J. Si ma dernière sortie longue s’est bien passée et que j’ai pris du plaisir c’est que les voyants sont au vert.

La clé du succès en Ultra, à mon avis, est d’arriver suffisamment frais mentalement le jour de la course pour avoir envie d’aller puiser au plus profond de soi-même dans les moments difficiles. Attention au surentraînement qui peut être plus néfaste pour la performance qu’un léger manque d’entraînement. Un dernier conseil, les gens ont tendance à se concentrer sur leur entraînement en montée mais en trail, la descente est tout aussi importante et un mauvais descendeur perdra beaucoup plus de temps qu’un mauvais grimpeur !

 

 

 

Foto: ZVG